Paris, été 1640. Dans les jardins du couvent des Dames de la Croix, à l'heure où le soleil décline derrière les ormes centenaires, six âmes se retrouvent réunies autour d'une représentation théâtrale improvisée, d'un duel de vers et d'une déclaration d'amour qui n'appartient à personne, ou peut-être à tout le monde. Cyrano de Bergerac, cadet de Gascogne au nez proéminent et à la langue acérée, est le plus brillant bretteur de Paris, capable d'improviser une ballade tout en ferraillant et de faire pleurer une salle entière avec une tirade sur la lune. Il aime Roxane depuis l'enfance, en silence, convaincu que son visage grotesque le condamne à n'être jamais aimé pour ce qu'il est. Roxane, elle, a des lettres plein le cœur et de l'esprit à revendre, elle croit aimer Christian, ce beau cadet gascon au visage d'ange et à la langue de bois, incapable d'aligner trois mots sans trébucher sur le quatrième. Le pacte est scellé ce soir : Cyrano prêtera ses mots à Christian. Les lettres seront signées d'une main, écrites d'une autre. Les soupirs seront joués sous le balcon par une voix qui n'est pas celle que Roxane croit entendre. Et pendant ce temps, dans les allées ombragées du parc, d'autres intrigues se nouent : Le Bret, ami fidèle et voix de la raison, tente de convaincre Cyrano de révéler la vérité avant qu'il ne soit trop tard ; le Comte de Guiche, puissant et jaloux, manœuvre pour écarter Christian vers la guerre et garder Roxane pour lui ; et Ragueneau, pâtissier-poète aux poches vides et au cœur plein, navigue entre tous comme un bouffon qui en sait trop. Le parc devient ce soir une scène à ciel ouvert. Les allées de gravier blanc sont des coulisses. Les bancs de pierre, des loges. Les haies taillées, des décors. Et chaque personnage porte un masque, non de velours, mais de mots choisis, de silences calculés, de regards détournés à la dernière seconde. La soirée commence dans l'éclat et la joie d'une représentation théâtrale improvisée, avec joutes verbales et défis de versification. Elle se poursuivra sous la tension d'une lettre lue à voix haute, d'un duel évité de justesse, d'une confidence arrachée dans l'obscurité des charmilles. Elle s'achèvera dans la lumière crue d'une vérité que l'on ne peut plus taire, ou dans le sacrifice consenti d'un homme qui préfère le panache à la félicité. Les participants incarnent des figures du baroque français : soldats de fortune, précieuses épistolières, poètes faméliques, nobles intrigants. Chacun porte une vérité partielle sur l'histoire d'amour à trois voix qui se joue ce soir. Chacun devra choisir : trahir, protéger, révéler ou se taire à jamais. Car à Paris en 1640, les mots sont des armes, les rimes sont des boucliers, et l'amour non déclaré est la seule blessure qui ne cicatrise pas.