Vous ne me croirez pas, mais ça a commencé avec une playlist Daft Punk et une boîte de Pringles au fromage. Vingt ans, mes amis. Vingt ans que la promo 2005 du lycée Romain-Rolland de Clermont-Ferrand n'avait pas réuni ses survivants sous le même toit. Et pourtant, ce soir, ils sont là : six anciens élèves réunis dans le salon de Nathalie Ferrand, celle qu'on appelait « Nat-la-Stress » et qui a transformé son appartement en musée du souvenir, avec photos de classe punaisées, badge du bac retrouvé au fond d'un tiroir, et une playlist MSN Messenger qui donne envie de pleurer de honte et de joie simultanément. Le ton est donné dès l'apéritif : les surnoms honteux ressortent comme des confettis. Les anecdotes se télescopent. Qui a vraiment embrassé qui derrière les gradins lors du voyage à Rome ? Qui avait triché au bac de philo en planquant une antisèche dans sa trousse Eastpak ? La soirée démarre en comédie pure, tendre et féroce à la fois, comme une réunion de famille où tout le monde se retrouve exactement comme avant, pour le meilleur et pour le pire. Mais sous les rires et les verres de rosé, quelque chose attend. Quelque chose que personne n'a jamais vraiment voulu regarder en face. Le bal de fin d'année 2005, c'est le sujet que tout le monde évite depuis deux décennies. Cette nuit-là, Lucas Morel, camarade de classe aimé de tous et de personne à la fois, a disparu. On a dit accident. On a dit fugue. On a dit qu'il était parti à Paris sans prévenir. Mais ce soir, une vieille photo va refaire surface. Un message anonyme va arriver sur le groupe WhatsApp de la promo. Et les souvenirs soigneusement rangés vont commencer à fuir comme de l'eau entre les doigts. Chaque personnage détient un fragment de cette nuit-là. Chaque personnage a menti, par peur, par lâcheté ou par amour. Les gags du début de soirée, les surnoms ridicules, les fous rires sur les profs : tout cela va progressivement prendre une couleur différente. La blague du « disparu du bal » que quelqu'un lance en l'air au premier acte va cesser d'être drôle au troisième. L'appartement de Nathalie, avec son canapé Ikea recouvert d'un plaid écossais et ses guirlandes LED achetées en panique la veille, devient le théâtre d'une confession collective que personne n'avait prévu de faire ce soir. Les pizzas refroidissent sur la table basse. La playlist MSN joue toujours. Et la vérité, elle, n'a plus vraiment d'endroit où se cacher.