Disparition à Millbrook

Novembre 1983. La petite ville de Millbrook, Indiana, s'endort sous un ciel d'encre piqué d'étoiles froides. Les feuilles mortes tapissent les rues désertes, les enseignes au néon des arcades projettent des reflets orange sur l'asphalte. Ce soir-là, Billy Kowalski, treize ans, enfourche son vélo après une partie de Donjons et Dragons chez son ami. Il ne rentrera jamais chez lui. La plupart des habitants de Millbrook préfèrent croire aux explications simples : une fugue, une mauvaise rencontre, un accident dans les bois. Le shérif Dale Pruitt, usé par vingt ans de paperasse et de contraventions, range le dossier dans un tiroir dès le premier jour. La mère de Billy, Sandra Kowalski, colle des affiches sur les poteaux téléphoniques en tremblant, mais personne ne rappelle. Mais les proches de Billy, eux, savent que quelque chose ne va pas. Ils ont tous entendu le même son, cette nuit-là : un bourdonnement grave venu de la lisière des bois, du côté de l'ancien complexe Hawkins Road, cette zone clôturée que les habitants appellent « le Labo » sans jamais prononcer le nom complet. Et puis il y a Elle, cette fillette au crâne rasé, pieds nus dans la boue, qui s'est glissée dans le sous-sol de la maison familiale des Hendricks comme si elle cherchait un refuge depuis longtemps. Ce soir, sept personnages se retrouvent autour d'une table dans le sous-sol encombré des Hendricks : des walkie-talkies posés sur une étagère couverte de figurines de plomb, une carte de Millbrook épinglée au mur avec des punaises rouges, et un repas improvisé que la mère de famille a préparé avant de monter se coucher, ignorant ce qui se trame en dessous. Le menu est étrange : une soupe de maïs que personne ne touche, des sandwiches aux cornichons que quelqu'un a mordus une seule fois. Et au milieu de la table, un gâteau aux pommes que personne ne se souvient d'avoir apporté, dont la fillette au crâne rasé fixe la surface comme si elle y lisait quelque chose. Chaque personnage a un lien avec le laboratoire, même s'il refuse de l'admettre. Chaque personnage a entendu ou vu quelque chose cette nuit-là qu'il n'a dit à personne. Et la créature, celle que la fillette appelle « le Dévoreur d'ombres » dans sa langue fragmentée, n'a pas fini de rôder. Elle attire les gens vers une fissure entre les dimensions, cachée quelque part sous Millbrook, et Billy n'est peut-être pas mort : il est peut-être encore là, de l'autre côté, à attendre. Les personnages sont des habitants de Millbrook proches de Billy ; le shérif réticent, la mère au bout du rouleau et la fillette, eux, n'ont pas d'interprète autour de la table : l'organisateur leur prête sa voix. Ensemble, ils devront assembler les indices, confronter leurs secrets, et décider s'ils sont prêts à traverser l'invisible pour ramener Billy à la maison, ou si la peur l'emportera. Le compte à rebours a commencé : le Dévoreur d'ombres se rapproche, et la fissure se referme à l'aube.

Lieu : Paris